La culture numérique se déploie dans le Nord – Pas-de-Calais

Avec la création récente d’un organe de pilotage, le Nord-Pas-de-Calais entame une nouvelle phase de déploiement de l’e-santé sur tout son territoire. Ses atouts : des acteurs majoritairement convaincus et des infrastructures adaptées.

En octobre 2012, le groupement de coopération sanitaire (GCS) MATISS a été créé sous l’impulsion de l’ARS Nord-Pas-de-Calais en rassemblant 76 acteurs territoriaux –ambulatoires, hospitaliers, sanitaires, médicosociaux. Ses missions, explique son administrateur Pascal Forcioli : « rattraper le retard de la région dans l’organisation de la maîtrise d’ouvrage régionale des systèmes d’information de santé (SIS) et assurer le pilotage de projets de télémédecine existants ou à venir». Le groupement ouvre ainsi l’acte III de l’e-santé en Nord-Pas-de-Calais.

Un pilotage déterminant

L’acte I s’était ouvert dans les années 1990, sous l’impulsion de deux acteurs de poids : le Chru de Lille, qui créa une unité de télémédecine dès 1991 et lança le premier projet régional TélUrge* et le syndicat interhospitalier d’informatique hospitalière SIIH 59/62 né en 2001 et qui rassemble aujourd’hui près de 70 établissements publics et privés.

Derrière eux, un engagement tout aussi fort des décideurs, notamment de l’Agence régionale d’hospitalisation de l’époque qui inscrivit la télémédecine dans le Schéma régional d’organisation sanitaire (SROS III) et du Conseil Régional, qui a investi dans les infrastructures régionales (réseau haut débit dédié à la santé et plateforme régionale de téléimagerie).

Courant 2000, la région était l’une des plus en avance en matière d’e-santé. Cependant, dans le domaine des systèmes d’information partagés, des progrès sensibles pouvaient être réalisés : ce n’est pas le montage de projets qui faisait alors défaut, mais leur périmètre souvent localisé, et sans interconnexion. « Le portage institutionnel était aussi insuffisant, de même que la gouvernance et le pilotage, qui sont facilitateurs pour la cohérence et le déploiement de programmes d’ambition régionale », explique Yves Beauchamp, chargé de mission systèmes d’information & télémédecine de l’ARS.

Atouts du territoire

Nouvelle donne, donc, depuis 2012 avec la création du GCS MATISS. « Nous regroupons tous les acteurs concernés, des représentants des structures sanitaires, médicosociales, les Ordres, les Unions régionales des professionnels de santé, l’Assurance maladie ce qui favorise l’émergence de projets » insiste Pascal Forcioli. Au calendrier du groupement : déploiement des programmes préexistants et développement de nouveaux projets d’envergure. La structure devrait notamment faciliter l’essor de programmes dédiés ou transverses aux secteurs médicosocial et ambulatoire, qui sont les grands absents du bilan existant, essentiellement par manque de moyens et de fédération.

Derrière ce pilotage, véritable outil de développement, « il y a une volonté commune et une attente des professionnels de santé, appuyée par « une densité régionale d’acteurs qui ont l’habitude de travailler ensemble », estime Yves Beauchamp. Vient ensuite l’importance des infrastructures. En 15 ans, le SIIH 59/62 a déployé dans toute la région des systèmes de télécommunication, de réseaux, de gestion et de stockage de données. Le Conseil Régional, qui a participé à ce mouvement, « a également investi près de 100 millions d’euros dans les appareils d’imagerie -scanner, IRM» explique Cécile Bourdon, la vice-présidente en charge de la santé et du plan anti-cancer. « La région a ainsi comblé son retard : elle est maintenant l’une des mieux équipées ». Un atout de poids pour voir se développer les projets de téléexpertise. « Aujourd’hui, la technologie est là, renchérit Vincent Coulier, responsable animation et contractualisation du SIIH 59/62. Il faut maintenant imaginer et monter les projets médicaux, tout en trouvant les financements adaptés ».

La nécessaire mise en réseau

« Il faut un gros travail d’acculturation des décideurs, parce qu’on voit que même si un bon projet trouve toujours un financement, il provient souvent de ceux qui sont déjà convaincus », confie Étienne Vervaecke, directeur général d’Eurasanté. Sa structure accueille et assiste les entreprises et laboratoires de la filière Santé du territoire. Hormis les volontés médicales issues des structures de soins, c’est ici qu’il faut chercher l’innovation en matière d’e-santé. Eurasanté compte ainsi une vingtaine d’entreprises impliquées dans l’e-santé. Certaines, regroupées au sein du Clubster santé ont imaginé le Concept room, chambre de consultation du futur : « ce projet montre à la fois comment l’e-santé s’impose dans les perspectives de développement d’innovations au service du patient, mais aussi comment la mise en réseau des acteurs favorise l’émergence de projets ».

Finaliser l’acculturation

Infrastructure, réseaux d’acteurs issus du soin ou de l’entreprise, volonté institutionnelle : le Nord-Pas-de-Calais devrait renouer avec sa dynamique historique sans trop de difficulté. Le volet télémédecine du programme régional de santé 2012-2016, le positionnement de l’ARS sur l’appel à projets national « Territoires de soins numériques » et sur l’appel à candidatures faites aux ARS pilotes d’expérimentation de télémédecine dans les secteurs ambulatoire et médico-social (LFSS 2014) donneront un coup d’accélérateur, notamment en ambulatoire et dans le domaine du médicosocial. Le Dossier médical personnel (DMP), l’autre absent de taille en région, devrait enfin s’y implanter, car il figure parmi les priorités de la Stratégie nationale de santé et du Projet régional de santé du Nord – Pas-de-Calais.

C’est la vitesse de vulgarisation – forcément influencée par des fléchages financiers – qui achèvera de faire de l’e-santé une réalité du quotidien pour les professionnels et les patients de la région. « Celle des décideurs régionaux, comme les directeurs d’établissements, reste à finaliser pour que l’e-santé s’inscrive vraiment dans leurs priorités et non comme une expérimentation », reconnaît le directeur d’Eurasanté. Cette transition est d’autant plus délicate qu’elle doit composer avec une dynamique de progrès technologiques qui s’accélère et qu’il faut intégrer ». « Quant aux professionnels de santé, assure Jean-Pierre Pruvo, longtemps responsable de la télémédecine au Chru de Lille, aujourd’hui président de Commission médicale d’établissement de l’hôpital « le changement dans leurs façons de travailler se fait progressivement, grâce aux rencontres de terrain. Mais l’usage de la télémédecine n’est jamais remise en cause une fois le cap franchi ».C.G

* Téléexpertise neurologique des urgences traumatiques et crâniennes entre le CHRU et des établissements régionaux

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