La santé, un vrai levier vers la réinsertion des personnes sans domicile

SANTE SDF

Le réseau Diabète obésité-Métropole lilloise mène actuellement une recherche-action originale sur la santé des personnes sans domicile accueillies dans des structures d’accueil de jour de la Fondation Abbé Pierre dans les Hauts de France. Ses premières observations, au terme de deux journées d’immersion et d’action dans plusieurs structures, montrent que les accueils de jour peuvent être des lieux-ressource pour améliorer l’état de santé des personnes sans abri, un pas vers leur réinsertion.

La recherche-action commandée par l’antenne régionale de la Fondation Abbé Pierre (FAP) auprès du réseau Diabète obésité de la métropole lilloise sur la santé des personnes sans domicile et des pistes pour l’améliorer touche bientôt, fin juin 2016, à sa fin. Le réseau a en effet mené une série de rencontres et de journées d’action dans quatre structures d’accueil de jour de la grande région (Beauvais, Arras, Valenciennes, Lille). En amont, Isabelle Tétar, directrice du réseau, et certains de ses collègues sont allés rencontrer les différentes équipes afin de présenter le projet, de répondre à leurs interrogations et ainsi leur permettre, ensuite, de présenter la démarche aux personnes accueillies puisque leur participation est essentielle dans le protocole choisi. Ces premières rencontres ont confirmé le réseau dans ses choix : « les professionnels nous ont dit que la démarche avait du sens », souligne Isabelle Tétar. Il faut dire que l’état de santé des personnes accueillies dans ces structures est souvent très mauvais.

La rue abime

Une étude de la Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des statistiques (DREES) publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en novembre 2015 l’a confirmé, s’il en était besoin. Vivre à la rue abime, physiquement et psychologiquement. L’incertitude du quotidien, la violence des relations, la perte des repères et l’éloignement progressif des services de droit commun sont autant de facteurs qui dégradent l’état de santé des personnes et relègue leur préoccupation pour leur santé au second plan. Le système de santé ordinaire n’accueille pas non plus à bras ouverts, loin s’en faut, ces patients un peu différents. « L’accès aux soins demeure complexe, malgré les droits ouverts », constate la directrice du réseau. Le découragement est fréquent et le renoncement aux soins voire à la santé n’est pas rare. La FAP et le réseau Diabète obésité ont souhaité se pencher sur le rôle potentiel des accueils de jour en matière de prévention, d’éducation à la santé et d’orientation vers le système de soin.

Immersion

La seconde étape a commencé en février 2016 avec l’organisation de journées d’immersion et d’observation, dans chaque centre d’accueil. « Le matin, explique Isabelle Tétar, nous avons organisé des groupes de parole, animés par la psychologue du réseau, dans lesquels nous avons utilisé le photo-langage, pour libérer la parole autour de quatre questions : "La santé c’est quoi pour vous ? ", "Ma santé, aujourd’hui ? ", "Qu’est-ce qui pourrait m’aider à préserver ma santé ? " et "Comment imaginer un projet de santé ensemble". » Une quinzaine de personnes y ont participé dans deux centres, un peu moins dans un troisième (cette journée dans le quatrième centre aura lieu début juillet). « Nous avons observé une bonne adhésion et une vraie dynamique de groupe », commente la directrice du réseau, ainsi qu’une clairvoyance notable sur les problématiques. Après un déjeuner pris en commun, temps fort propice au tissage d’une relation de confiance,  l’après-midi s’est poursuivi par des entretiens semi-directifs individuels de personnes accueillies (17 au 30 juin) et de professionnels accueillants (15 au 30 juin), volontaires. Ils ont évoqué leur parcours de vie, leurs antécédents en matière de santé, leurs comportements de santé, leur rapport aux soins, leur façon d’envisager l’avenir…

Paroles

L’analyse des échanges en groupe et des entretiens a confirmé les constats sur la fréquence de certains problèmes de santé, sur les difficultés des personnes à s’investir dans la prévention, à recourir au système de soin et sur celles de ce système à les accueillir comme des personnes ordinaires. Elle a révélé une problématique pris plus de place que prévu dans les échanges, sur la relation entre les soignants et les personnes en situation de précarité, note Isabelle Tétar, qu’il s’agisse de la façon dont les personnes contactent les professionnels de santé et se présentent à eux ou de la façon dont les professionnels les reçoivent et les prennent en charge. Les personnes ont souvent émis le souhait de pouvoir reprendre une activité physique, de redécouvrir les saveurs dans leur alimentation et de trouver des moyens de réduire leur stress lié à leurs conditions de vie, à leur solitude…

Ateliers

L’analyse des premiers échanges et des attentes exprimées par les personnes ont déterminé l’organisation de la deuxième journée de rencontre prévue pour chaque accueil de jour (dont deux se sont déjà déroulées, à Beauvais et Arras). « Nous sommes vraiment partis de la parole des personnes », insiste la directrice. Il s’agissait de leur montrer qu’elles avaient été écoutées. Ces journées panachent panaché, selon les lieux, des ateliers collectifs sportifs où les personnes pouvaient évaluer leur potentiel physique avec des éducateurs médico-sportifs, des ateliers cuisine durant lesquels les participants confectionnaient, avec  une diététicienne, le déjeuner commun et un dépistage individuel du diabète par une infirmière. Ils peuvent aussi participer à des parties de football ou de badminton, découvrir la marche nordique ou des outils de relaxation et de gestion du stress, redécouvrir les saveurs les yeux bandés, essayer de vaincre leur peur de l’eau, mieux connaître la santé bucco-dentaire, participer à un groupe de parole sur la confiance en soi et échanger encore sur les activités proposées, sur les perspectives et les projets de santé à monter ensemble éventuellement.

Confiance

Les attentes des participants à l’issue des premières journées sont grandes, souligne Isabelle Tétar. Elles montrent, selon elle, qu’un lieu d’accueil de jour peut vraiment être un lieu ressource pour la santé des personnes accueillies : tous les participants à cette démarche sont unanime sur ce point. « C’est un lieu avec un cadre éducatif propice à la prévention, à l’éducation thérapeutique et à l’accès aux soins, où professionnels et personnes accueillies sont parties prenantes », souligne-t-elle. La relation qui peut se tisser entre eux, l’écoute des demandes des personnes et la co-construction de projets avec elles sont des gages de succès.

Lorsque l’ensemble des journées prévues aura eu lieu, le réseau Diabète obésité élaborera un plan d’action adapté aux spécificités de chaque accueil de jour. Restera à trouver des financements pour lui donner suite.

Géraldine Langlois

Sources utiles
Nous vous recommandons
Vous aimerez aussi
Qu'en pensez-vous?
Scroll to Top