Le Planning familial de Lille fête un double anniversaire

fresque planning familial

L’association lilloise du planning familial a redémarré ses activités en 1996 après une douloureuse interruption. Depuis, elle accompagne des milliers de femmes dans leur santé sexuelle, la maîtrise de leur fécondité et la prévention des IST. Elle fête ses 20 ans, l'année où le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) a 60 ans.

Le Planning familial de Lille fête le 18 juin 2016 en spectacle, exposition et fanfare un double anniversaire : les 60 ans du MFPF et les 20 ans de sa réouverture à Lille. Il occupe une place bien particulière dans le paysage de la prévention auprès des femmes. Ce mouvement d’éducation populaire féministe, militant de l’égalité hommes-femmes dans les faits, veille à offrir à toutes les femmes la possibilité de prévenir les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles, d’accéder à l’IVG et à l’information sur la sexualité et sur leurs droits. Un mouvement « inclusif et sans jugement », précise Lucie Vidal, directrice du Planning familial de Lille (et coordinatrice du mouvement pour le Nord). « Nous travaillons beaucoup sur l’inclusivité, insiste Pasquine Saule, co-présidente du Planning lillois, pour que chacun se sente ici à sa place et bien accueilli, quels que soient son orientation sexuelle, son âge ou sa situation sociale. Nous sommes souvent le dernier voire le seul recours pour certaines personnes. »

Renaissance

En 1994, le Planning de Lille était l’une des plus grosses associations du mouvement. L’arrêt de son financement a fait cesser ses activités mais une nouvelle association, le Nouveau planning familial, est créée en 1996. Elle a d’abord du se cantonner à la diffusion d’information avant d’être autorisée à nouveau à proposer des consultations. Elle s’est largement remobilisée depuis et développe aujourd’hui de nombreuses autres actions.

L’activité du Planning au quotidien est connue : toutes les femmes peuvent rencontrer sans rendez-vous des conseillères (formées) et leur poser toutes leurs questions relatives à la sexualité, à la contraception, à l’IVG ou aux IST. Au besoin, elles peuvent aussi y rencontrer sur rendez-vous (dans des délais courts) des médecins qui peuvent leur prescrire une contraception, un est de grossesse ou leur fournir une contraception d’urgence. « Pour une première contraception, précise Pasquine Saule, les personnes sont reçues par le soignant puis par la conseillère qui reprend avec elles comment fonctionne ce contraception, commet la prendre, que faire dans telle ou telle situation… Elle vérifie aussi si ces informations sont comprises. » Avec toutes, les conseillères prennent le temps de l’écoute. Et tentent de voir si derrière la question de départ ne se cachent pas des situations de violence ou des risques vis-à-vis des IST, par exemple. Elles constatent aussi souvent chez les femmes une grande méconnaissance de l’anatomie et une assez faible conscience de leur corps, ajoute la vice-présidente.

Très sollicité

En 2015, « plus de 4000 personnes ont rencontré les conseillères, ajoute-t-elle, et plus de 5000 ont été reçues en consultation médicale dans nos locaux ». Le Planning reçoit en outre chaque année plusieurs centaines de mails de demandes de contact et jusqu’à 100 appels téléphoniques par jour… Certes, le numéro vert « Sexualités, Contraception, IVG » promis par Marisol Touraine en février 2015 (lire à ce sujet notre article « IVG : nouveau programme national, implications régionales »). Mais il n’est pas encore très connu et n’a pas donné lieu dans les Hauts-de-France à la création d’une plateforme régionale, observe Lucie Vidal.

L’équipe salariée de l’association lilloise est composée de conseillères, médecins, sages-femmes, personnels d’accueil et d’une directrice soit l’équivalent de huit équivalents temps plein. Ils interviennent au centre mais aussi, pour certains d’entre eux, lors des nombreuses actions que mène l’association en milieu scolaire (santé sexuelle, prévention du sexisme), dans des centres de formation, des structures pour personnes handicapées, des centres sociaux, en milieu festif, etc. En 2015, les professionnels du Planning ont ainsi été en contact avec quelque 15000 personnes hors leurs murs.

Sans jugement

L’association lilloise s’est aussi engagée ces dernières années avec plusieurs associations LGBT et au niveau national, sa directrice, pour défendre les droits des personnes lesbiennes, bi et transsexuelles, dont les professionnels de santé non formés ne connaissent pas toujours bien les problématiques de prévention et de prise en charge. Elle participe aux travaux de nombreux autres réseaux sur le handicap, les partenaires de l’école, etc.

De nombreuses formations sont aussi dispensées par les salariés de l’association pour les professionnels sur les façons d’évoquer la sexualité avec les jeunes, sur la sexualité des personnes handicapées, des seniors, etc.

L’activité « visible » du Planning (accueil, écoute, consultations) est généralement bien identifiée mais le public méconnait souvent son statut : « beaucoup de gens nous perçoivent comme un service public, souligne Lucie Vidal. On nous confond parfois avec les centres de planification alors que nous sommes une association » avec des valeurs bien particulières et un rôle important joué par les bénévoles. Ils participent aux opérations de présentation du Planning sur des manifestations publiques (festivals, braderie…), donnent des coups de main sur l’informatique, le graphisme, les ressources humaines… Les bénévoles peuvent aussi accompagner lors des différents rendez-vous les mineures qui vont subir une IVG et n’ont trouvé aucune personne majeure dans leur entourage pour les accompagner (une obligation) ou les femmes qui doivent se rendre à l’étranger.

Fresque, spectacles, film

La fête du 18 juin 2016 sera l’occasion de saluer le double anniversaire du Planning familial français et de celui de la métropole lilloise pour les droits des femmes à disposer de leur corps et à le protéger. Pour cet anniversaire, une fresque a déjà été réalisée sur un mur de Lille par des graffeuses lilloise et londonienne. Et Charles Compagnie et Bénédicte Alloing de la compagnie Ta Zoa préparent un film documentaire, « Le nouveau planning familial », qui fait l’objet d’une campagne de crowdfunding. Pour soutenir l’action du Planning familial et parce que la lutte pour les droits des femmes n’est pas encore gagnée.

Géraldine Langlois

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