La sédentarité affecte autant l'alimentation des jeunes en surpoids que l'activité physique

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Les travaux que David Thivel (université de Clermont-Ferrand), a présentés lors des Entretiens de nutrition, les 9 et 10 juin 2016 à l’Institut Pasteur de Lille, montrent que l'exercice physique souvent prescrit aux enfants et les adolescents obèses ou en surpoids n'a pas toujours l'effet escompté. Les stratégies de prévention et de prise en charge de ces jeunes doivent selon lui prendre aussi en compte le moment où ces exercices sont réalisés ainsi que les effets des activités sédentaires sur leur métabolisme.

L'activité physique est considérée comme le premier et principal modulateur du contrôle alimentaire, selon des modalités d'une finesse telle que de nombreux facteurs peuvent les perturber. Mais plusieurs études montrent que les activités physiques peuvent induire une réduction ou une augmentation de l'appétit selon qu'elles seront longues ou courtes, intenses ou pas. Pour David Thivel, maître de conférences au sein du laboratoire des Adaptations métaboliques à l’exercice en conditions physiologiques et pathologiques, venu présenter certains de ses travaux aux Entretiens de nutrition le 10 juin 2016 à Lille, a ainsi évoqué une étude montrant qu'une activité physique à faible dépense énergétique (de faible intensité voire sédentaires) entraine une augmentation disproportionnée de la prise alimentaire. « Il faut s'intéresser de près aux mécanismes compensatoires », a-t-il estimé. Il a ainsi pointé que l'augmentation de l'activité physique entraîne une dépense d'énergie qui appelle une augmentation du temps de repos. Avec au bout de la journée un rapport activité/repos peu affecté par l'exercice pratiqué : « on peut être très actif mais aussi très sédentaire », a souligné le chercheur. Un effet « secondaire » négatif inattendu sur la prise alimentaire s'ajoute à ce bilan mitigé.

Perte de contrôle

En effet, d'autres études soulignent que « plus on a une activité sédentaire, plus on perd le contrôle de la prise énergétique » alimentaire, a ajouté le chercheur. L'activité sédentaire peut être le fait de regarder la télévision, de se consacrer à des devoirs scolaires longs et stressants ou jouer à des jeux vidéos. Les stimulis extérieurs produits par une télévision, par exemple, perturbent ainsi les mécanismes de régulation des quantités absorbées mais favorisent également la prise d'aliments « hautement palatables » et à plus forte teneur énergétique. Or 25 à 20% de la prise alimentaire des adolescents serait consommée devant la télévision et plus de 50% des ados admettent manger tout en jouant aux jeux vidéos...

David Thivel a souligné à ce sujet que les jeux vidéos dits « actifs », qui impliquent, théoriquement, tout le corps, n'ont pas d'effet plus favorable que les jeux passifs sur la prise alimentaire des jeunes: « les deux types de jeux augmentent la prise de calories », a-t-il résumé. Selon lui, même si le jeu vidéo actif reprend les mêmes caractéristiques qu'un exercice physique, l'exercice physique aura un meilleur effet sur la prise énergétique. Idem pour le bureau debout (standing desk)...

Stimuli perturbateurs

L'intensité de l'exercice physique joue également un rôle important mais différencié selon que l'enfant ou l'adolescent aura un poids normal ou sera en surpoids ou obèse. Le chercheur a évoqué des études dans lesquelles un exercice physique intense provoque une réduction significative de la prise alimentaire au repas suivant chez des adolescents obèses mais pas chez ceux d'un poids normal. L'activité physique modifie le mécanisme de contrôle alimentaire et l'activité neuronale chez l'adolescent obèse et pas chez l'adolescent mince, a observé David Thivel.

Le chercheur a également évoqué le rôle important que semble jouer le moment où l'exercice physique est réalisé durant la journée pour rapprocher de l'équilibre la balance énergétique des patients obèses. Chez les personnes de poids normal, il apparaît qu'un exercice physique réalisé le juste avant un repas facilite un « bilan énergétique négatif optimum ». Manifestement, « plus on est actif, moins le cerveau s'active face à des stimuli alimentaires », a commenté le chercheur. Qui suggère donc de prendre autant en compte dans les stratégies de prévention et de prise en charge de l'obésité infantile les activités physiques et les activités sédentaires, c'est-à-dire l'ensemble des activité quotidiennes.

Géraldine Langlois

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