Sommeil et alimentation : une relation très étroite

SOMMEIL ET NUTRITION

Quel est le lien entre sommeil et obésité ? Plusieurs interventions, lors des 18es Entretiens de nutrition que l’Institut Pasteur de Lille a organisés les 9 et 10 juin 2016, ont montré qu’il existe une relation nette –et bidirectionnelle- entre une quantité de sommeil insuffisante et le surpoids et l’obésité. La privation de sommeil provoque notamment des effets, notamment sur la production des hormones de l’appétit et de la satiété qui perturbent défavorablement les prises alimentaires.

Une corrélation a été établie entre une durée courte de sommeil, inférieure à six heures, et un indice de masse corporelle élevé ou une consommation plus importante d’aliments gras et sucrés, a indiqué le Dr Joëlle Adrien, présidente de l’Institut national du sommeil et de la veille (INSV) et directeur de recherche à l’Inserm, qui a étudié le sujet à partir de la cohorte NutriNet-Santé (50000 personnes), lors des Entretien de nutrition organisés par l'Isntitut Pasteur de lille les 9 et 10 juin 2016. Ses travaux ont montré que la part de personnes obèses est plus importante parmi les « courts dormeurs » (moins de six heures par nuit) que parmi les longs dormeurs (plus de neuf heures par nuit). Chez ces les courts dormeurs, le risque d’obésité est augmenté de 34% chez les femmes et 50% chez les hommes. L’équipe de Joëlle Adrien a également exploré le lien entre insomnie et obésité : il est plus flagrant chez les femmes, chez qui l’insomnie majore le risque d’obésité de 43%.

Insomnie, apnées, somnolence

L’hypersomnolence augmente quant à elle le risque d’obésité de 70% chez les femmes et de 100% chez les hommes. « Les personnes les plus affectées (par l’hypersomnolence, NDLR), a souligné Joëlle Adrien, sont les jeunes adultes de 18 à 34 ». Ils manifesteraient ainsi selon elle une dette de sommeil dont ils ne seraient pas conscients puisqu’ils ne la déclarent pas spontanément et alors même que l’hypersomnolence affecte forcément leur fonctionnement diurne. Il s’agit d’une nouveauté, causée notamment selon elle par leur utilisation des écrans.

Les apnées du sommeil, qui perturbent considérablement le sommeil des personnes qui en souffrent, est l’autre grande cause de l’hypersomnolence. L’obésité augmente de 16 fois le risque de souffrir de cette pathologie du sommeil chez les femmes et de 11 fois chez les hommes.

Grignotage

En termes de comportement alimentaire, « les différences sont faibles mais significatives », a observé la présidente de l’INSV. Les personnes souffrant d’insomnie ont ainsi une alimentation moins favorable à leur santé et plus tendance au grignotage nocturne, en particulier les hommes. L’étude de l’INSV a aussi constaté que les courts dormeurs ont tendance à consommer plus de café que les autres. Or la caféine empêche ou retarde l’endormissement mais réduit aussi la qualité du sommeil et donc son pouvoir récupérateur… En revanche, l’étude a trouvé peu de consommateurs de somnifères dans son pourtant large échantillon.

Alors le sommeil accroît-il le risque de surpoids ou est-ce le surpoids qui altère le sommeil ? « La relation est bidirectionnelle », a souligné Joëlle Adrien. La réduction de la quantité ou de la qualité du sommeil pourrait en effet contribuer à la constitution d’un surpoids ou au maintien d’un excès de poids du fait de modifications comportementales ou des perturbations endocriniennes générées par la dette de sommeil. L’obésité pourrait aussi provoquer ou aggraver des pathologies du sommeil. « Un bilan sommeil doit être fait dans toute situation obésité et inversement », a ajouté la chercheuse.

Cerveau perturbé

Le Dr Karine Spiegel, du centre de recherche en neurosciences de Lyon (Université Claude Bernard, Inserm), a décortiqué les effets sur la prise alimentaire du manque de sommeil, qui va croissant dans les sociétés où dormir est souvent considéré comme une perte de temps. Les travaux  épidémiologiques et expérimentaux qu’elle a menés ou étudiés la conduisent à affirmer qu’un sommeil écourté constitue bien un facteur de risque d’obésité. De manière encore plus flagrante selon elle chez les enfants et les adolescents, chez qui un sommeil trop court fait plus que doubler le risque ultérieur d’obésité (contre +45% chez les adultes). « Pour chaque heure de sommeil supplémentaire, a-t-elle insisté, le risque de surpoids et d’obésité est réduit de 21%. »

Les études expérimentales sur l’endocrinologie en jeu dans l’appétit et la satiété sont éloquentes. La production de leptine (hormone qui provoque la satiété) est réduite par des restrictions répétées de sommeil alors que celle de ghréline (hormone de l’appétit) est augmentée. Ce qui perturbe l’analyse par le cerveau des besoins énergétiques réels de la personne et se traduit par une sensation de faim, souvent comblée par du grignotage d’aliments à haute teneur énergétique... « Il existe une relation dose-dépendante » claire entre le sommeil et ces mécanismes neuroendocriens, a souligné Karine Spiegel.

D’autres études ont montré que plus les privations de sommeil sont importantes, plus la production de cortisol augmente, ce qui augmente l’appétit et peut conduire à une insulino résistance…

Et si on dort plus ?

Certes, une personne qui veille plus aura une dépense énergétique supérieure à celle qui dort mais selon elle, l’augmentation de la prise alimentaire est supérieure à la balance énergétique « normale » et la privation sommeil entraîne ainsi, progressivement, un gain de poids.  

L’équipe de Karine Spiegel a mené une étude pour tenter de savoir si une augmentation du temps de sommeil pouvait, à l’inverse, avoir des effets positifs, en l’occurrence sur des jeunes obèses. Elle montre une diminution de 19% de l’alimentation à haute densité énergétique chez des jeunes courts dormeurs, physiologiques ou contraints, chez qui la durée de sommeil a été allongée, avec succès globalement, de deux heures. Une meilleure régulation de l’appétit plus marquée pour les « faux » petit dormeurs, qui ne dorment effectivement pas assez. Les stratégies visant à optimiser le sommeil, en a conclu la chercheuse, a effets bénéfiques sur la prise alimentaire de ces sujets obèses. Reste à savoir si elles peuvent aussi avoir des effets préventifs.

Géraldine Langlois

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