L'ORS-NPC interroge la notion de recours tardif

recours tardif

Que recouvre exactement la notion de « recours tardif », souvent avancée pour expliquer les indicateurs de santé défavorables des habitants du Nord-Pas-de-Calais (que la réunion avec la Picardie n'a pas réellement modifiés) ? C'est la question que pose l'Observatoire régional de la santé dans un rapport en faveur d'une vaste étude sur le sujet, présenté fin mai 2016 à la conférence régionale de la santé et de l'autonomie.

 

De nombreux travaux expliquent les mauvais chiffres sur la santé des habitants de l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais par un recours tardif au système de soin. « Mais qu'est-ce exactement -et scientifiquement- que ce recours tardif, interroge OlivierLacoste, le directeur de l'Observatoire régional de la santé du Nord-Pas-de-Calais. Et s'il existe, peut-il expliquer la situation pour l'ensemble de la population, les hommes comme les femmes, de toutes les classes d'âges et situations sociales, de tous les territoires, pour tous les secteurs de la santé, qu'il s'agisse de la médecine de ville, de l'hôpital, des soins de suite? » Aussi, si le recours tardif existe bel et bien, est-il réellement plus important dans le Nord-Pas-de-Calais qu'ailleurs ?

Pour Jean-Marc Gaudet, interne de santé publique, sociologue à l'ORS et co-auteur du rapport « Le recours tardif à l'offre de santé au sein de la population du Nord-Pas-de-Calais : une "représentation" ? », il est indispensable d'objectiver le recours tardif afin, notamment de mettre en place des actions correctives ciblées. Cette notion est en effet souvent utilisée sans jamais être réellement définie ni mesurée : le recours est considéré comme tardif par rapport à quoi, à qui, à partir de quel moment ?

Malentendu

Il faut dire que la notion de recours tardif fait référence au départ à une norme biomédicale : des cancérologues américains des années 1930-1940 avaient constaté que le diagnostic était souvent posé à un stade avancé de la maladie auquel les cancers étaient détectés. Ils constataient ce "retard" sans en faire alors  une cause de l'état de santé de leurs patients...

La notion a ensuite été employée par les économistes de la santé qui ont pointé le fait qu'une pathologie prise en charge tardivement avait un coût plus élevé, pour l'insuffisance rénale, par exemple.

Une dimension culturelle s'est greffée sur le recours tardif : il a ainsi été parfois « justifié », de manière non scientifique, par un facteur culturel basé sur l'idée que les habitants de cette région auraient un rapport spécifique à leur santé et au corps, soulignent les auteur du rapport. Ils ne se satisfont pas de cette explication presque caricaturale, qui focalise sur la responsabilité individuelle, « essentialise » et « pathologise » toute une population, fait fi de son hétérogénéité et des changements qui interviennent dans sa situation sociale et dans son rapport au système de santé.

Pathologie du social

A l'issue de leurs recherches, ils ont en effet constaté que d'autres facteurs, d'ordre économique, social voire institutionnel peuvent influer sur les comportements des individus en matière de santé. « L'enjeu (de l'étude envisagée, NDLR) est de traverser le Rubicon », écrivent-ils. Ils proposent d'étudier la notion de recours tarif selon une approche de santé publique, populationnelle, souligne Jean-Marc Gaudet. Ce qui n'a jamais été fait.

Une pré-enquête qualitative serait d'abord menée en population générale, ajoute-t-il. Elle pourrait prendre la forme d'entretiens socio-ethnographiques ou de focus-groups auprès de patients comme de professionnels. Les auteurs comptent en tirer des informations importantes sur les leviers d'action, « les conditions favorisant l'émancipation des personnes au regard de leurs milieux de vie, trajectoires ou parcours de vie », écrivent-ils, mais aussi les « mécanismes potentiels » du recours tardif. Des « hypothèses explicatives », poursuit l'interne en santé publique, sur lesquelles le recueil de données quantitatives prévu dans un deuxième temps.

Comparer

Cette étude quantitative porterait sur un échantillon représentatif de la population du Nord-Pas-de-Calais et parallèlement dans une autre région, proche sur le plan socio-économique (des contacts sont déjà en cours), sur tout ou partie des hypothèses posées : accès au système de santé, type et délai de recours selon les caractéristiques socio-démographiques habituelles (genre, âge, CSP, niveau de revenu, d'étude, habitation, distance des « centres »...) mais aussi le délai perçu, subjectif, entre l'apparition des symptômes et l'accès aux soins, ou encore les éventuelles ruptures dans les parcours de santé.

Pour Olivier Lacoste, il est temps que la santé publique investisse le sujet du recours tardif, trop longtemps resté « flottant », qu'elle en précise les tenants et aboutissants, dans toute leur diversité, qu'elle le mesure et qu'elle en évalue le coût, afin d'offrir de nouveaux axes d'action. Et si le recours tardif n'explique pas tout, ajoute-t-il, alors il faudra peut être explorer davantage les « divergences territoriales » et les dynamiques locales que forment la mobilisation des acteurs, la ciruclation de l'information et la structuration des priorités.

Géraldine Langlois

Vous aimerez aussi
Qu'en pensez-vous?
Scroll to Top