Le décrochage scolaire est aussi une question de santé

decrocheurs scolaires

Les jeunes « décrocheurs » du système scolaire sont des adolescents en souffrance, insiste le Dr Marc Vincent, médecin directeur d'un CMPP lillois. Pas forcément plus que les autres sur le pan physique mais leurs problèmes scolaires éclipsent trop souvent des difficultés psychiques, accentuées par leur expérience d'élève scolaire... La Maison des adolescents de Lille leur consacre un premier forum le 30 mars 2016.

« Il est rare que les jeunes qui décrochent du système scolaire, ou n'y accrochent pas, aillent bien », observe le Dr Marc Vincent, psychiatre et directeur de l'Espace Claude Chassagny, un centre médico-psycho-pédagogique de Lille. De fait, les élèves qui quittent leur cursus de formation, général ou professionnel, sans obtenir le diplôme préparé -rapidement considérés comme « décrocheurs scolaires » - sont souvent en assez mauvaise santé psychique, constate le médecin. Ces troubles peuvent expliquer, au moins en partie, leurs difficultés « accrocher » à un système scolaire qui s'adapte peu aux élèves un peu atypiques. Mais leur parcours chaotique à l'école peut aussi aggraver ces troubles : leurs difficultés de lecture les empêchent d'avancer, leurs mauvaises notes ou leur comportement les marginalisent... « C'est un cercle vicieux », souligne Marc Vincent.

Cercle vicieux

« Ce sont des jeunes qui souffrent », explique-t-il, et qui éprouvent des difficultés dans « leur manière d'être au monde ». Les jeunes décrocheurs de 12 à 20 ans qu'il rencontre au CMPP (lire ci-dessous), présentent « des états dépressifs qui durent depuis longtemps ou des difficultés proches de la déficience intellectuelle qui peuvent faire suite à des troubles très anciens du développement, dans l'établissement des liens, des relations ». Parfois, ils souffrent aussi de pathologies plus franches : troubles psychotiques, phobies.

Beaucoup vivent dans des familles dissociées ou monoparentales, observe le médecin, et qui cumulent assez fréquemment des difficultés sociales, économiques, psychologiques et de santé. Selon lui, « beaucoup ont des parents chez qui les problèmes de santé comme le diabète, le surpoids, des maladies cardiaques ou des consommations problématiques sont prégnants ». Leur santé physique à eux passe ainsi souvent au second plan, à leurs propres yeux et à ceux des adultes qui les entourent. Et la prévention est souvent reléguée encore plus loin...

La santé au second plan

« Etant données leurs représentations de la mauvaise santé, ils se considèrent en bonne santé » physique, observe Marc Vincent. De fait, comme la plupart des jeunes, ils le sont. Mais les bilans de santé auxquels les animateurs du CMPP les conduisent par petits groupes révèlent de temps en temps des problèmes alimentaires, de surpoids ou de sommeil, dont ils ne se plaignent généralement pas au départ. Les jeunes filles sont pour leur part amenées au Planning familial, pour évoquer leur féminité naissante et leur faire rencontrer des professionnels qui peuvent les aider à obtenir des informations sur la puberté et la sexualité, une contraception ou des moyens de se protéger des MST.

Objectif : rescolarisation

Mettre en place un suivi médical hors du centre, quand il est nécessaire, n'est pas toujours facile : « ils n'ont pas l'habitude de consulter, leurs papiers ne sont pas toujours en règle... Leur accès aux soins est compliqué », note le médecin. Une fois ces difficultés aplanies, le suivi se met cependant en place pour ceux qui en ont besoin. Et qui apprécient qu'on prenne soin d'eux, ajoute-t-il. Ces jeunes sont aussi demandeurs que les autres d'informations sur l'alimentation, l'activité physique, la vie affective et sexuelle...

L'accompagnement sur le plan de la santé, psychique notamment, que les jeunes accueillis au sein du CMPP reçoivent (lire ci-dessous) s'articule avec le suivi socio-éducatif et avec les ateliers pédagogiques et créatifs, dans un seul but, les aider à se remettre en selle et à reprendre un parcours scolaire.

Géraldine Langlois

Un accompagnement au long cours au CMPP

Les jeunes « décrocheurs » accueillis par le centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), explique Marc Vincent, y viennent parfois spontanément mais sont plutôt adressés par les établissements scolaires, par des travailleurs sociaux qui accompagnent des adolescents dans le cadre de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) ou d'une aide éducative en milieu ouvert (AEMO) ou encore par des professionnels de la pédopsychiatrie.

Le médecin les reçoit et leur propose de participer pendant aux ateliers organisés par le CMPP  trois demi-journées par semaine pendant quatre semaines. A l'issue de cette période, l'équipe du centre (un psychiatre, un psychologue, un orthophoniste, une assistante sociale, une éducatrice) décide avec eux de poursuivre ou pas l'accompagnement (la participation aux ateliers et les rencontres avec les professionnels). S'il se poursuit, « nous signons un contrat moral à durée indéterminée », explique Marc Vincent. Une durée de deux ans est parfois nécessaire. Selon lui, sur 100 jeunes qui entrent en contact avec le CMPP, 60 ne souhaitent pas continuer, ont besoin d'un autre type d'accompagnement ou reprennent leur parcours scolaire assez rapidement. Sur les 40 qui suivent les quatre premières semaines, 25 resteront six mois ou plus et 10 environ seront accompagnés pendant deux ans.

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