Allaitement maternel : un enjeu de santé publique majeur pour tous les bébés

allaitement

L'étude sur les effets positifs considérables d'une généralisation de l'allaitement maternel sur la santé des bébés et des mères, publiée tout récemment par le Lancet a fait grand bruit. Dans le Nord-Pas-de-Calais, l'allaitement maternel est très inégalement pratiqué. Pour Marie Courdent, consultante en lactation et animatrice de La leche League, l'information et le soutien aux mères qui souhaitent allaiter passe notamment par la formation des professionnels sur le sujet.

Généraliser l'allaitement maternel au niveau mondial permettrait d'éviter chaque année, dans le monde, la mort de 823000 enfants et de 20000 mères dans le monde. Et d'économiser quelque 300 millards de dollars par an. C'est la conclusion d'une méta-analyse d'une ampleur inédite publiée par le Lancet dans sa livraison du 30 janvier 2016. Ses auteurs rappellent ainsi que nourrir les bébés avec du lait maternel et non industriel réduit les infections et les risques de mort subite du nourrisson, améliore l'intelligence et constitue une protection fort probable contre le surpoids et le diabète. Autre bénéfice non négligeable : il réduit le risque de cancer du sein, notamment, pour les mères.

Vers une nouvelle norme?

Les auteurs s'interrogent sur la faible progression de cette pratique, au prix de « conséquences catastrophiques », alors même que ses bénéfices sont bien connus. L'OMS le considère comme la "façon normale de nourrir les bébés" et le recommande de manière exclusive jusqu'à six mois et complémentée au-delà, jusqu'à deux ans ou plus... Des facteurs culturels, médicaux, psychologiques, de confort ou de praticité figurent parmi les freins ainsi que les intérêts commerciaux (45 milliards de dollars en 2014). Mais des politiques volontaristes portent leurs fruits et le Lancet en appelle à une mobilisation urgente et importante pour faire en sorte que l'allaitement maternel devienne une nouvelle norme. Et pas seulement dans les pays en développement : il est en effet selon les auteurs de l'étude un facteur important de réduction des inégalités.

L'allaitement maternel est plus pratiqué dans les pays en développement que dans les pays riches. Parmi ceux-là, la France figure parmi les pays occidentaux où l'allaitement maternel est le moins pratiqué à 12 mois. L'allaitement y est peu documenté. Epifane, la première étude détaillée, Epifane publiée en octobre 2014 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'INVS, montre certes que 74% des bébés nés en France au premier trimestre 2012 étaient allaités à la naissance. Mais ils le sont très peu de temps : la médiane de la durée de l'allaitement maternel (exclusif ou prédominant) ne s'élève qu'à trois semaines et demie. 39% des bébés étaient encore allaités à trois mois dont 10% de exclusivement, 11% de manière prédominante et 18% en association avec des « préparations pour nourrissons » industrielles. Seul un enfant sur quatre (25%) l'était encore à six mois (plus de la moitié en complément) et un sur neuf à un an...

Trois semaines et demie

Les certificats de santé obligatoires à huit jours sont les plus fiables sur ce sujet, estime Marie Courdent, consultante en lactation, formatrice sur l'allaitement et animatrice de l'association d'accompagnement à l'allaitement La Leche league. Leurs enseignements sont donc limités au premiers jours de vie. Ils en disent long cependant. Dans le Nord, la pratique de l'allaitement maternel a connu un « pic » en 2009 avec 66,4 % de bébés allaités à huit jours. Elle est redescendue depuis jusqu'à 60,2% en 2015. Avec de très grandes disparités selon les secteurs, de 48,8% dans celui de Douai à 71,4% dans celui de Lille... Dans le Pas-de-Calais, les chiffres sont beaucoup plus bas : le taux d'allaitement est monté en 2010 jusqu'à 46,92% et est retombé à 43,82% en 2014...

Pour Marie Courdent, l'allaitement maternel est plus pratiqué dans les zones où les activités tertiaires et la formation son développées. « Plus on s'en éloigne moins les femmes allaitent », constate-t-elle. L'accès à une information riche et pertinente constitue selon elle un facteur déterminant : « beaucoup de gens pensent que le lait infantile (maternisé, NDLR) et le lait maternel, c'est du pareil au même alors que pas du tout ! Le lait maternel ne fait pas que nourrir, il protège... ».

L'information...

L'accès à l'information est « très personne-dépendant, ajoute Marie Courdent. Il faut que les femmes rencontrent la bonne personne au bon moment et avec les bonnes informations. » C'est l'un des écueils en France : « la formation des professionnels paramédicaux et médicaux est toujours faible », déplore-t-elle. Dénoncé depuis des années, ce manque de formation a fait peu voire pas de progrès en France...

IHABDans le Nord-Pas-de-Calais, souligne la consultante, une association de professionnels de santé, l'Envol, a lancé et alimenté une dynamique unique de sensibilisation et de formation (dans les années 1990 notamment) qui a diffusé progressivement la culture de l'allaitement maternel parmi les professionnels qui accompagnent les futures et jeunes mamans. Et contribué à l'obtention en 2002, par la clinique Saint-Jean à Roubaix (aujourd'hui fermée), du label Hôpital ami des bébés mis en place par l'UNICEF et l'OMS, pour son engagement en faveur de l'allaitement et de la relation mère-enfant. La deuxième maternité labellisée en France. Aujourd'hui, six des 26 maternités françaises « amies des bébés » sont dans le Nord-Pas-de-Calais et d'autres dans la région travaillent à obtenir ce label.

... la formation ...

La Leche League a aussi formé de nombreux professionnels (paramédicaux surtout) des maternités régionales pendant 20 ans. Un tournant s'est produit quand les médecins ont commencé à se former, remarque Marie Courdent. Un diplôme inter-universitaire de lactation humaine est même dispensé à Lille, tous les quatre ans depuis 2008. Les promotions, tous les quatre ans, réunissent à égalité médecins, sages-femmes et puéricultrices.

Les réseaux de périnatalité peuvent aussi jouer un rôle important. Et Marie Courdent de souligner la démarche de formation de quelque 130 consultantes en lactation (et de nombreux pharmaciens) initiée par celui de Lille ces dernières années.

Au-delà de l'information, il faut aussi que les conditions soient favorables à l'allaitement maternel. Or le congé maternité, en France, est trop court après la naissance pour favoriser et encourager cette pratique, ajoute la consultante. Et le fait qu'elle soit finalement peu répandue empêche le soutien entre « paires » expérimentées. « Etre la première à faire autrement parmi les femmes autour de soi, en décidant d'allaiter, ce n'est pas facile », observe Marie Courdent.

... et le soutien

Les associations d'accompagnement constituent toujours une précieuse source d'information et de soutien. Les réunions organisées régulièrement dans toute la région par La Leche League (et par d'autres associations localement) rassemblent, à l'heure d'internet, moins de femmes qu'autrefois, remarque l'animatrice. Mais les réseaux sociaux des acteurs associatifs sont très actifs et les bénévoles sont très mobilisées et disponibles pour dispenser informations et conseils. A la LLL, « nous ne faisons pas la promotion de l'allaitement, insiste Marie Courdent, nous accompagnons les femmes qui ont envie d'allaiter ». Une précision utile alors que le débat toujours passionné sur le sujet confond souvent information et injonction et rebondit sans cesse sur l'éventuelle culpabilité des mères qui n'allaitent pas. « Allaiter et aimer sont deux choses différentes, martèle la consultante.L'amour n'a rien à voir avec les millilitres de lait ! ».

Géraldine Langlois

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