Binge drinking : un diagnostic régional pour mieux cibler la prévention

binge drinking nord pas de calais

Un jeune sur cinq dans le Nord Pas-de-Calais pratique le binge drinking. C'est l'un des nombreux enseignements de l'enquête présentée la semaine dernière à Lille par les chercheurs du laboratoire SCALab (université de Lille 3). Ce projet financé par la Mildeca permet de mieux comprendre les ressorts de ce comportement des jeunes vis-à-vis de l’alcool. A partir de ce diagnostic, unique dans la région, le projet a entamé sa seconde phase, consacrée à la conception de messages de prévention plus ciblés.

Sur les 382 personnes qui ont répondu au questionnaire du SCALab*, 93% des étudiants et 62% des lycéens consomment de l’alcool. Sur ce panel, un peu plus d'un jeune sur cinq (22% des hommes et 23% des femmes) peut être considéré comme « binger ». C’est-à-dire qu’il consomme de manière épisodique et massive (0,8g d’alcool dans le sang ou plus), soit cinq verres ou plus pour les hommes, quatre pour les femmes, en deux heures environ. L’âge de leur première consommation d’alcool est plus précoce pour eux (13,64 ans) que pour les autres (14,5 ans).

L’étude des chercheurs lillois montre que 13% des jeunes consomment en moyenne cinq verres ou plus d’alcool en semaine. Les bingers en consomment là encore plus que les autres (3,7 verres contre 1,43).

Un jeune sur cinq

« Certains contextes favorisent clairement la consommation d’alcool », observe Marie-Charlotte Gandolphe, maître de conférences en psychopathologie à l'université de Lille 3, qui pilote l’étude. Les « fêtes » constituent le moment privilégié. La consommation d’alcool est aussi plus forte lorsque les jeunes sont dans des groupes mixtes, indiquent les répondants. « On remarque une très forte influence des pairs sur la consommation d’alcool », ajoute la chercheuse. En soirée, la consommation se déroule progressivement et en réponse à la proposition des pairs. Les bingers sont beaucoup plus sensibles (28%) aux incitations que les autres (4%). Ils rapportent aussi beaucoup plus souvent que les autres (13% contre 1%) avoir tendance à boire le plus possible en soirée.

Un quart des jeunes interrogés ont déclaré avoir bu au point de ne pas se souvenir de ce qui s’est passé la veille. Un sur cinq reconnaît avoir été incapable de s’arrêter de boire. Près d’un tiers indique avoir été empêchés de faire ce qui était normalement attendu d’eux parce qu’ils avaient bu… Des proportions toujours supérieures pour les bingers que pour les autres. Ils recherchent aussi davantage l’ivresse.

Sous-estimation

Encore plus préoccupant : seuls 3,2% des jeunes, y compris les bingers, considèrent leurs consommation comme excessive, notent les auteurs de l’étude. « On observe une absence de prise de conscience » sur le niveau problématique de consommation par les bingers, ajoute Marie-Charlotte Gandolphe. « Ils ont l’impression que leur consommation devrait être plus élevée pour être considérée comme du binge drinking et que les autres consomment plus qu’eux. » Ils qualifient même volontiers leur consommation de « sage »… Une sous-évaluation certes classique du niveau de consommation mais qui pose problème lorsqu’on chercher à « concerner » ces publics par les messages de prévention.

D’ailleurs, il est frappant de constater que les personnes qui n’ont pas de consommation problématique sont les plus sensibles à l’effet préventif de la crainte de l’impact que pourraient avoir, par exemple, un accident ou des relations sexuelles non souhaitées suite à une prise d’alcool, renchérit la chercheuse. Les bingers, eux, se montrent moins enclins à adopter des astuces pour diminuer leur consommation d’alcool.

Tester et évaluer

Cet état des lieux des consommations et des représentations liées à la consommation d’alcool chez jeunes de la région constitue la première phase du projet, qui associe le SCALab (Lille 3, CNRS UMR 9193), l'association Eclat Graa, le service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (Siumpps) et la faculté de médecine de Lille. Une phase de diagnostic préalable à la conception de messages de prévention très ciblés. En effet, « il existe beaucoup de programmes de prévention (du binge drinking, NDLR), note Marie-Charlotte Gandolphe, mais ils sont peu évalués et quand ils le sont, leurs résultats sont souvent contradictoires, probablement parce que la prévention est un processus dynamique dans lequel ce qui fonctionne à un moment peut ne plus fonctionner un ou deux ans plus tard. »

L’étape de conception des messages, qui se base donc sur les constats de la phase d’enquête (fêtes, pairs, mixité…), a commencé. Il s’agit d’imaginer ceux qui seront testés avant de déployer largement ceux qui ont fait leurs preuves. Ils seront notamment axés sur la perception de la consommation et sur l’identité des bingers, indique la chercheuse. Il ne s’agit pas selon elle de préconiser l’abstinence mais de promouvoir, éventuellement avec des professionnels du marketing social, une consommation raisonnée qui ne s’accompagne pas de comportements à risques. Et de « donner le sentiment aux personnes qu’elles prennent le contrôle sur leur comportement », ajoute Marie-Charlotte Gandolphe. Peut-être faudra-t-il aussi tester, contre toute attente, des messages à fort impact émotionnel, comme le suggèrent les répondants à l’enquête. Les phases d’évaluation intermédiaire des messages de prévention devraient permettre de les affiner et de mieux les cibler.

Géraldine Langlois

*382 questionnaires ont été récoltés début 2015 auprès de 269 femmes et 113 hommes de 15 à 25 ans, entre la classe de première et la troisième année de licence, dans le Nord-Pas-de-Calais.  

Nous vous recommandons
Vous aimerez aussi
Qu'en pensez-vous?
Scroll to Top