Trend 2014 : nouvelles tendances des toxicomanies dans la métropole lilloise

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Grande disponibilité des produits, tensions en milieu festif, vente en petites quantités : le dispositif Trend (tendances récentes et nouvelles drogues) de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies pour la région de Lille a publié tout récemment ses constats annuels sur l’évolution des usages de drogues mais aussi de leurs contextes. Un éclairage très utile pour orienter l’action de prévention et de réduction des risques.

Les bouleversements que le milieu festif lillois a connus en 2014, avec l’augmentation des contraintes sur les lieux de fêtes alternatifs et la fermeture de certains d’entre eux, se sont répercutés de plusieurs façons sur les modes de consommation de consommations de produits illicites, souligne les auteurs des résultats pour l’antenne de Lille. « Le milieu festif –et toutes les consommations qui peuvent s’y dérouler- s’est d’une part concentré sur le quartier Massena-Solférino », à Lille, souligne Nathalie Lancial, coordinatrice du dispositif Trend pour le site lillois. Autre conséquence : les soirées se sont aussi déplacées dans la sphère privée, moins accessible aux interventions préventives, ou à l’extérieur de la ville, « en proche périphérie voire beaucoup plus loin, notamment sur le littoral ou en Belgique », indique le rapport.

Retour de la MDMA

Dans ce milieu festif, les observateurs lillois ont aussi constaté en 2014 « le grand retour des pilules d’ecstasy, qui avaient disparu pendant plusieurs années, victimes de leur mauvaise réputation », selon Nathalie Lancial. Ce retour amorcé en 2013, après des prémisses en Belgique, s’est donc poursuivi en 2014 notamment dans les milieux « électro ». Avec une nouveauté : des concentrations en MDMA « assez élevées », précise-t-elle, et dont les effets, de ce fait, désarçonnent les nouveaux consommateurs.

La cocaïne consommée dans ces milieux l’année dernière est elle aussi particulièrement pure, insistent les observateurs, avec une pureté mesurée de 59 à 92%. « C’est assez exceptionnel, note la coordinatrice. Elle est plutôt autour de 20% en moyenne. » Serait-ce du aux nouveaux modes d’approvisionnement –minoritaires- via le web et le courrier postal (qui implique moins d’intermédiaires) ou à la volonté de contrer la désaffection de ce produit dans les milieux festifs, s’interrogent les auteurs du rapport ? Rien ne permet de le dire.

Pureté élevée

En milieu dit « urbain » (la rue, les squats, les zones de deal ou les structures de premier recours) , tout à fait différent de celui de la « fête », 2014 est marqué par une augmentation, amorcée l’année précédente, de la violence dans le cadre du deal de rue, « avec des réseaux très structurés, la présence de personnes très jeunes et d’armes souvent lourdes », précise Nathalie Lancial. Autre nouveauté apparue également en 2013 et qui se développe : la possibilité de se fournir en héroïne ou cocaïne auprès de ces réseaux dans de très petites quantités, inférieures au gramme. Un effet probable de la crise, estiment les auteurs, et en tout cas très spécifique à la situation lilloise, insiste la coordinatrice.

La métropole lilloise, très urbanisée, traversée par des axes de communication intensément fréquentés et proche de la Belgique et des Pays-Bas, où transitent de grandes quantités de drogues, dispose d’un accès relativement aisé (et donc à des prix relativement peu élevés) aux produits stupéfiants illégaux : héroïne, cocaïne, MDMA, cannabis sous forme de résine ou d’herbe (cultivée parfois dans la région), plus dosé que dans d’autres régions… Ceci explique probablement le plutôt faible usage de produits de synthèse ou dérivés (crack) ou des médicaments détournés (sauf la codéïne), souligne la coordinatrice du dispositif lillois. Pour autant, ajoute-t-elle, la dernière enquête de l’OFDT a observé des taux d’expérimentation chez les jeunes de la région Nord-Pas-de-Calais un peu moins élevés que la moyenne nationale…

Trafics intenses

Le rapport Trend pour la métropole lilloise souligne aussi que des usagers « avec des troubles psychiatriques importants » sont « de nouveau » présents dans les structures médico-sociales pour personnes toxicomanes (Caarud, Csapa) et posent « d’énormes difficultés » aux professionnels de ces structures. Le décès de plusieurs personnes sous traitement de substitution et « issus du milieu urbain » a suscité beaucoup d’interrogations parmi les professionnels. En 2013, selon le pôle Recherche de l’association le Cèdre bleu, 15252 personnes de plus de 15 ans étaient sous traitement de substitution aux opiacées (TSO). Deux tiers d’entre eux ont entre 30 et 44 ans. Et seulement 18% sont des femmes, ce qui pose de manière aigue, selon les auteurs, la question de l’accessibilité des structures de soins pour les femmes.

Géraldine Langlois

Et au plan national?

Dans les constats publiés fin décembre par les sept déclinaisons de Trend en France (Bordeaux, Lille, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse), certaines tendances sont observées sur plusieurs de ces sites : tensions dans l’espace urbain et l’espace festif, effets de la crise économique, déplacement de la « fête » vers les espaces privés, « modernisation » de l’organisation des achats et de l’approvisionnement, hausse des teneurs moyennes en principe actif, engouement pour la MDMA, l’importance du cannabis…

Mais certains sites se distinguent. Par exemple par une plus grande disponibilité des médicaments de substitution par rapport aux drogues « classiques », un détournement plus développé de médicaments « ordinaires » (codéïne, Ritaline), la présence de produits de synthèse comme la méthamphétamine, d’héroïne brune ou de crack. Des tendances qui ne sont pas observées sur le site de Lille.

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