Claire Mounier-Véhier : "la prévention est une surspécialité de la cardiologie"

Claire Mounier-Véhier

Claire Mounier-VéhierLa nouvelle présidente, depuis l’été 2015, de la Fédération française de cardiologie, Claire Mounier-Véhier milite pour le développement de la prévention primaire et secondaire, en particulier chez les femmes. Professeur de cardiologie et responsable du service de Médecine vasculaire et hypertension artérielle au sein du pôle Cardiovasculaire et pulmonaire du CHRU de Lille, elle explique à Santé autrement magazine quels sont les moteurs de son action et expose ses projets en matière de prévention.

Santé autrement magazine : « Quel médecin êtes-vous, Claire Mounier-Véhier ?

Claire Mounier-Véhier : Je suis une passionnée. Ma carrière a évolué, j’ai des responsabilités, mais je n’ai pas mis les soins de côté et je poursuis la transmission du savoir auprès des jeunes, cela me ressource au quotidien. J’adore enseigner et j’essaie de faire en sorte que les étudiants aiment ce métier. Je veux leur transmettre une certaine façon d’aborder le patient, de l’interroger, de l’examiner, tout en le respectant. En en laissant parler notre cerveau intuitif. Je souhaite prendre en charge les patients dans leur globalité. D’ailleurs, le circuit Cœur artères et femmes que nous avons mis en place au CHRU développe cette approche globale avec des cardiologues, des gynécologues, des pneumologues, des endocrinologues, des neurologues et des médecins généralistes. Nous prenons aussi en compte la dimension psychologique de la maladie cardio-vasculaire.

SAM : Quels sont vos moteurs, où trouvez-vous l’énergie de mener de front vos fonctions médicales, universitaires et à la tête de la Fédération française de cardiologie ?

C. M. - V. : J’adore mon métier, j’adore mes patients. J’ai toujours voulu être médecin, c’est une vocation. C’est un métier dans lequel on doit aimer la relation à l’autre. Le fait de travailler avec des jeunes permet aussi de rester jeune dans sa tête. Et le travail de terrain dans mon service permet de ne pas perdre la main. Ce qui est plus difficile, pour être honnête, c’est que c’est un milieu où les femmes doivent davantage faire leurs preuves à un certain niveau de responsabilité. En France, nous sommes seulement douze femmes professeurs en cardiologie ou médecine vasculaire… On doit travailler beaucoup et démontrer qu’on est capable de monter des projets.

SAM : Comment voyez-vous votre rôle au sein de la Fédération française de cardiologie ?

C. M. - V. : J’ai déjà commencé à modifier son management, en exportant mon expérience acquise à Lille. Nous développons le projet en mode « start up », tous ensemble, dans un fonctionnement transversal, où chacun peut apporter ses idées. Je souhaite ainsi redynamiser la Fédération, en renforçant ses missions sociales essentielles : prévention, recherche, réadaptation des cardiaques et promotion des gestes qui sauvent. Nous contribuons au développement d’une stratégie nationale de prévention cardio-vasculaire. Nous avons  rencontré 14 ARS et la direction générale de la santé pour évoquer les applications concrètes du Livre blanc que nous avons remis aux acteurs de la Santé publique en octobre 2014.

SAM : Quelle place occupera la prévention dans les actions de la Fédération ?

C. M. - V. : Pour moi, la prévention est une surspécialité d’avenir de la cardiologie. Certes, elle n’est pas « technique » : on ne pose pas de pacemakers, on ne fait pas d’échographies… En revanche, elle permet d’éviter la survenue des accidents et, s’il en survient, d’accompagner le patient et son entourage pour éviter la récidive. J’ai le projet de développer à plus grande échelle les Parcours du cœur, notamment en milieu scolaire. Les enfants sont de très bons vecteurs de prévention auprès des adultes et ils peuvent concevoir eux-mêmes des messages. En nous appuyant sur notre commission nationale Parcours du cœur, nous allons donner plus d’écho aux projets qui sont menés dans ce cadre.

Nous allons aussi développer les conférences grand public, particulièrement axées cette année sur Cœur de femme, que nous menons déjà dans le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie. Ces événements offrent une occasion de donner des clés motivationnelles, des astuces, qui diffèrent selon les périodes de la vie, afin d’aider les gens à intégrer dans la vie quotidienne les préconisations sur l’alimentation, l’activité physique... On ne dit pas « il ne faut pas faire ceci ou cela » mais on explique pourquoi c’est important de manger des légumes : riches en vitamine K, ils dilatent les artères et ont des propriétés anti-agrégantes.

SAM : Vous insistez beaucoup sur la spécificité des manifestations des maladies cardio-vasculaires chez les femmes. Faut-il selon vous différencier la prévention ?

C. M. - V. : Il existe des différences entre les hommes et les femmes. Les facteurs de risque classiques sont plus toxiques pour les femmes mais il existe en plus des facteurs spécifiques : la contraception (notamment  l’éthinylestradiol), la grossesse et la ménopause. Théoriquement, les femmes sont protégées par leurs hormones naturelles, les œstrogènes. Mais chez la jeune femme qui fume, qui est stressée, sédentaire, obèse ou diabétique, ces facteurs de risque limitent l’effet protecteur des œstrogènes naturels. Et les œstrogènes de synthèse (qu’on trouve dans la pilule mais aussi les anneaux ou les patchs contraceptifs) associés à certains progestatifs accentuent le risque d’accidents artériels et veineux. La grossesse peut aussi être une période à risque chez certaines femmes. Après la ménopause, le risque d’accident cardio-vasculaire rejoint voire dépasse  celui des hommes.

SAM : Votre expérience dans le Nord-Pas-de-Calais vous est-elle utile dans vos missions à la Fédération française de cardiologie ?

C. M. - V. : Cette région est un véritable laboratoire. Je suis présidente de la Fédération française de Cardiologie Nord-Pas-de-Calais depuis 2011 et j’ai développé le réseau HTAVasc pendant 13 ans. J’ai mis en place ici une méthodologie et une gouvernance que j’essaie d’impulser à Paris. Avec des projets qui me tiennent à cœur comme les Parcours du cœur et les conférences Cœur de femmes. C’est une école de vie incroyable ! »

Propos recueillis par Géraldine Langlois

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