Handicap et sexualité : une première formation dans le Nord pour les professionnels

couple

La sexualité des personnes handicapées fait l’objet d’une toute nouvelle form’action que le Planning familial Nord-Pas-de-Calais inaugure en novembre 2015. Elle suscite plus de questions encore que celle du reste de la population. L’entrave à l’autonomie que peut provoquer le handicap moteur ou la déficience intellectuelle de ces personnes, les contraintes de la vie en institution et l’inconfort dans lequel ces questions mettent ceux qui les accompagnent compliquent leur sexualité. Cette nouvelle formation est destinée aux professionnels.

Les personnes en situation de handicap rencontrent souvent des difficultés à vivre leur sexualité. Elle interroge aussi leurs proches et les professionnels qui travaillent auprès d’eux. Animées de désir, d’envies, les personnes handicapées « ne sont pas coupées du monde, souligne Laëtitia Lapie, coordinatrice du pôle formation du Planning familial Nord-Pas-de-Calais. Elles voient souvent leur famille et des couples, ne seraient-ce que leurs parents. Elles se disent "pourquoi pas moi ?". Mais c’est souvent occulté par les institutions. » Les règlements intérieurs de certaines d’entre elles empêchent même que des liens intimes se nouent mais la question subsiste : comment prendre en compte et respecter les attentes ?  « Il y a une vraie demande de formation de la part des professionnel »s, remarque Laëtitia Lapie. Elle les perçoit notamment au sein du groupe de travail auquel elle participe au sein de l’Association des paralysés de France et les conseillères conjugales du Planning qui interviennent dans les structures spécialisées s’en font aussi l’écho.

Une demande forte

Le projet de form’action déposé par  l’association auprès de l’ARS il y a deux ans se concrétise par l’organisation de deux sessions de quatre jours et demi. La première aura lieu en novembre et décembre sur le territoire de Sambre-Avesnois et la seconde en janvier et février sur celui de la métropole lilloise. Elles sont déjà complètes et comptent déjà chacune une liste d’attente de 25 personnes (pour 15 places par groupe…). « L’objectif de cette formation, c’est de donner aux professionnels des éléments pour aborder la question de la sexualité avec le public des personnes qui présentent un handicap », explique la coordinatrice.

Les stagiaires seront amenés à réfléchir sur la notion de santé sexuelle et sur ses différentes dimensions. Laëtitia Lapie animera une partie sur l’intimité, la relation à l’autre. « Dès qu’on ajoute le terme handicap à côté du mot sexualité, elle n’est plus du tout vue comme quelque chose de positif, observe-t-elle, mais comme quelque chose qu’il faut canaliser voire contrôler. On a peur des débordements ». Elle abordera aussi la question du consentement, souvent questionnée dans le cas des personnes qui souffrent de déficience intellectuelle. « Il faut l’envisager de manière plus large, estime la coordinatrice. On demande aux personnes de donner leur consentement dans un domaine chargé de tabou alors qu’on ne leur demande pas dans d’autres domaines par ailleurs… Cela réinterroge des fonctionnements et la capacité à faire confiance. »

Représentations parasites

Laëtitia Lapie évoquera aussi avec les stagiaires la question des représentations autour de la sexualité, qui peuvent interférer avec la façon de répondre aux attentes des personnes. « Il existe beaucoup de normes autour de la sexualité, remarque-t-elle. Qu’est-ce qui est normal ou pas, naturel ou pas ? Est-ce un besoin primaire ? » Quid de la contraception, de l’IVG, de l’homosexualité, de la transsexualité ? Des « modèles » de sexualité présentés ou accessibles ?

Une magistrate interviendra par ailleurs sur la question du droit : celui des personnes handicapées à vivre une sexualité et les droits et devoirs des institutions qui les accueillent. Il n’est par exemple pas légal de conditionner l’accueil d’une femme handicapée à la prise d’une contraception ni d’en injecter sans avoir expressément obtenu son accord, précise Laëtitia Lapie. La loi du 4 mars 2002 sur les usagers du système de santé réaffirme bien pourtant les droits des personnes. La « profession » d’assistant sexuel, qui fait parler d’elle depuis quelques années, n’est pas légalisée en France et suscite par ailleurs les interrogations des personnes handicapées comme de ceux qui les accompagnent au quotidien…

Les tabous tombent en tout cas peu à peu autour de ces questions, notamment via ce type de formation. Le Planning familial espère pouvoir par la suite organiser d’autres sessions de ce type sur d’autres territoires car il reçoit de nombreuses demandes émanant du Cambrésis et du littoral.

Géraldine Langlois

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