Le rythme biologique de l’enfant, une priorité à l’école comme à la maison

enfant fatiguée

Les débats sur les rythmes scolaires ont relégué au second plan le respect du rythme biologique des enfants. En cette rentrée scolaire, Claire Leconte, professeur émérite de psychologie de l'éducation et chercheur en chronobiologie à l’Université de Lille 3, continue de militer pour une prise en compte globale de ce rythme, chez eux comme à l’école.

Santé autrement magazine : « On est plus conscient aujourd’hui qu’autrefois de la nécessité de respecter le rythme biologique de l’enfant. La chronobiologie est-elle mieux prise en compte aujourd’hui, notamment à l’école ?

Claire Leconte : La chronobiologie a été effacée au profit des "rythmes scolaires", qu’on met à toutes les sauces. Un événement est rythmé quand il se reproduit à l’identique selon une périodicité. Cela n’existe pas à l’école. On confond le cadre et le contenu. Ce qu’il faut respecter, impérativement, c’est le rythme biologique des enfants, qui est calé sur 24 heures. Si on ne le fait pas, ils deviennent plus instables, moins attentifs voire plus agressifs du fait d’une fatigue chronique.

Je milite pour que tous ceux qui ont en charge les enfants se mettent autour d’une table et réfléchissent à cette question car modifier seulement une partie du temps ne réglera pas le problème. L’école n’est pas la seule responsable de la fatigue des enfants : ils n’y passent que 10% de leur temps de vie ! Il faut s’attaquer de manière concomitante à toutes les causes.

SAM : Le débat sur ces fameux "rythmes scolaires" continue néanmoins d’occuper le devant de la scène. Comment l’organisation scolaire pourrait-elle mieux respecter le rythme biologique des enfants ?

C. L. : Une priorité consisterait à concentrer tout ce qui relève des apprentissages scolaires (dans toutes les matières), sur la matinée car on sait pertinemment que c’est le moment de disponibilité cognitive des enfants, surtout quand leur rythme veille sommeil est respecté. Une école lilloise a expérimenté pendant 12 ans une organisation basée sur six matinées et un après-midi d’apprentissages scolaires. Les autres après-midi étaient consacrées à des visites, à la découverte d’activités sportives, etc. Les enseignants ont constaté que les enfants étaient beaucoup plus disponibles et présents et que le climat de l’école était beaucoup plus apaisé. Une matinée longue permet aussi de mieux alterner les activités pédagogiques d’intensité cognitive différente. Des études le confirment.

SAM : Pourquoi une organisation qui a fait ses preuves n’est pas davantage répandue en France ?

C. L. : Je ne sais pas. L’organisation du temps scolaire sur le matin et l’après-midi date de 1834… Le décret Hamon (sur les rythmes scolaires, NDLR) pourrait autoriser une organisation sur six demi-journées et deux après-midi. Une équipe éducative peut le décider – c’est le cas dans une communauté de communes de la Sarthe. Mais il faut que la collectivité et l’académie suivent. Cela ne revient pas plus cher.

SAM : Quelle serait selon vous une bonne organisation du temps scolaire à l’échelle de la semaine et de l’année ?

C. L. : Les ruptures de rythme ne sont pas bonnes mais celle du mercredi est meilleure que celle du week-end, qui est beaucoup plus dérégulateur. Aussi, l’alternance de sept semaines de cours et deux semaines de vacances est une hérésie. Après de telles vacances, il faut à nouveau deux semaines aux enfants pour retrouver leur rythme… Dans la majorité des pays, les petites vacances durent une semaine.

En revanche, ce serait mieux que les vacances de la fin d’année, en hiver, durent plus longtemps car elles sont rarement reposantes. Et je milite pour qu’on supprime les deux semaines de vacances de printemps qui fait du troisième trimestre un vrai gruyère. On pourrait reporter ces jours de vacances entre les jours fériésdu de mai et juin. On parle aussi de rallonger l’année scolaire en la faisant finir en juillet. Mais il fait très chaud à cette période dans certaines régions. Je pense qu’il vaudrait mieux, à la place, faire revenir les élèves à l’école plus tôt, en août, et rallonger les vacances de Noël. Tout cela est valable pour l’école, le collège et le lycée.

SAM : Au-delà du temps scolaire, comment peut-on mieux respecter le rythme biologique des enfants ?

C. L. : Il faut absolument travailler avec les familles pour que le rythme veille-sommeil des enfants soit respecté. Cela commence à se diffuser, dans les centres sociaux par exemple.

L’important, c’est la régularité : que les enfants se couchent et se lèvent à la même heure, même le vendredi soir ou pendant les vacances. Il ne s’agit pas de leur imposer l’heure du coucher mais de les responsabiliser et de les aider à reconnaître les changements d’états qui se produisent en eux, comme la sensation de froid qui signale le moment propice à l’endormissement. Ils parviendront alors à se réveiller spontanément. Leur qualité du sommeil sera aussi meilleure.

Je préconise également que la sieste à l’école maternelle ne soit pas réservée qu’aux petites sections et surtout qu’elle soit proposée juste après le repas, pas après une récréation. Il faut aussi proposer aux enfants sui ne dorment pas un moment de pause relaxante à la place. Ils sont beaucoup plus calmes ensuite. »

Propos recueillis par Géraldine Langlois

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