Une "clinique" humanitaire pour les migrants de Calais

homme qui se tient la tête

La situation dramatique dans laquelle se trouvent un nombre croissant de migrants à Calais mobilise de plus en plus d'acteurs sanitaires et sociaux. Médecins du monde (MDM) et plusieurs autres associations tentent depuis la fin juin de répondre aux besoins de santé des exilés, exacerbés par leur difficile parcours migratoire et par leurs conditions de vie actuelles.

Plus de 3000 migrants venus de Syrie, d’Afghanistan, d’Erythrée, d'Ethiopie vivent à Calais, avant-dernière étape d’un long et éprouvant périple vers la Grande-Bretagne. Un eldorado qu'ils veulent tous atteindre, coûte que coûte. En attendant de « passer », ils vivent dans des conditions très difficiles, dans des cabanes de fortune, sur un terrain quasiment pas aménagé. Les associations ont ainsi dénombré en tout 30 robinets et 20 toilettes.

Plusieurs ONG et associations ont lancé en juin une opération humanitaire d'urgence afin de répondre aux immenses besoins des migrants. Leur nombre a en effet beaucoup augmenté ces derniers temps et leur déplacement sur un nouveau terrain a accru tous leurs besoins. Solidarités international distribue des kits d'hygiène et des récipients pour garder l'eau potable. Cette ONG a aussi entrepris de construire des blocs sanitaires. Le Secours catholique contribue à aménager le bidonville et le Secours islamique distribue des colis alimentaires. De nombreuses autres sont mobilisées.

Consultations

Quant à Médecins du monde, elle a mis en place début juillet un espace de consultation qui mobilise chaque jours une quinzaine de professionnels de santé bénévoles (auparavant, MDM était représenté par des médiateurs sociaux). Sous une tente et dans les deux « chalets » en bois, un à deux médecins assurent trois heures de consultations le matin et trois heures l'après-midi et trois infirmiers sont présents en permanence. Ils reçoivent désormais la très grande majorité des migrants qui n'a pas de droits sociaux (AME ou CMU). Une écoute et un soutien psychologique sont aussi proposés.

Pour Aurélie Denoual, responsable du suivi des actions de MDM à Calais dans le domaine de la santé, les exilés qui se regroupent à Calais sont « plutôt, globalement, des personnes en bonne santé ». Les innombrables difficultés qui émaillent leur long « voyage » écartent de fait les personnes faibles ou malades. Pour autant, certains des exilés sont atteints de pathologies chroniques comme le diabète ou l’hypertension, très difficiles à traiter dans les conditions dans lesquelles ils vivent.

Eprouvant périple

Les problèmes de santé auxquels sont confrontés les migrants découlent donc plutôt de leur quotidien et de leurs conditions de vie. Les tentatives de passages, souvent infructueuses, se soldent fréquemment par des atteintes traumatologiques : les entorses et les fractures ne sont pas rares, souligne Aurélie Denoual. Elles sont traitées au centre hospitalier de Calais, qui dispose d’une permanence d’accès aux soins de santé (PASS) ouverte aux personnes sans droits sociaux (c’est le cas de la très grande majorité de ces personnes). Mais la rééducation, par exemple, en kinésithérapie est inenvisageable…

Les conditions de vie sur le campement-bidonville constituent une autre une source de problèmes de santé. Sur le plan de l’hygiène, d’abord, puisque l’accès à l’eau, pour la toilette, la cuisine ou les latrines, est extrêmement limité. Les affections dermatologiques sont fréquentes, observe la coordinatrice santé. Les exilés « vivent dans une zone dunaire et très exposée au vent, ajoute-t-elle. Ils ont donc souvent des problèmes ORL ou pneumologiques. Des conjonctivites aussi. »

Traumatismes

Une autre problématique importante doit être prise en compte : la santé mentale, poursuit Aurélie Denoual. Les exilés ont derrière eux un parcours de vie dans leur pays qui les a souvent déjà beaucoup éprouvés. S'y ajoutent les expériences de leur parcours migratoire, émaillé de dangers et de violences, de leur arrivée et de leur séjour en Europe dans des conditions difficiles, des tentatives de passage infructueuses. « Certains sont fragilisés psychologiquement », note l’intervenante santé.

Par ailleurs, observe-t-elle, « les femmes étaient peu nombreuses mais leur nombre a fortement augmenté sur les derniers mois. Elles nécessitent une prise en charge spécifique, surtout quand elles sont enceintes. Nous en suivons plusieurs qui sont dans ce cas avec le service de gynécologie obstétrique de l'hôpital. Elles sont généralement jeunes et vivent cette naissance à venir dans un état de très grande fragilité, notamment psychologique. » Elles ont besoin de temps pour établir une relation de confiance avec les équipes. Le Planning familial, la PMI et le centre de diagnostic anonyme et gratuit (CDAG) ont commencé à travailler de concert avec Médecins du monde auprès des exilées.

Médecins du monde voudrait aussi investir le champ de la prévention car « il y aurait beaucoup de choses à développer dans ce domaine », en matière de hygiène de base, de dépistage des IST et du VIH, de santé sexuelle et de contraception notamment. Mais l'heure est d'abord à la réponse à l'urgence.

Géraldine Langlois

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